ASF Association Sophrologues et Relaxologues de France
Connaissance générale du secteur – février 2010
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!-->!-->!-->!--> Anne Gometz – 200332 – M2IED – Connaissance générale du secteur – février 2010 1 Distinguer groupes d'entraide et associations impose de clarifier les notions de bénévolat et de don. Selon Dan Ferrand-Bechmann1(1992 : 44), « le bénévolat fait référence à une action de solidarité, de bonne volonté et de participation ». Le bénévole est avant tout un citoyen parce qu'il s'engage gratuitement pour la société et le lien social, particulièrement en France où son acte est orienté vers autrui. Quand au don, il est « un transfert non actualisé » (Godbout, 2006)2, ce qui signifie que l'acte n'attend rien en retour, c'est un acte gratuit. Pour Marcel Mauss, le don se conçoit dans les trois moments : donner, recevoir, rendre et l'impossibilité de rendre peut créer un certain inconfort. On parle de dette négative. C'est pourquoi, dans les associations où le don ne permet pas la réciprocité, le bénéficiaire peut se sentir exclu, assisté,passif, quand le système d'échange et d'interactions notamment présent dans les groupesd'entraide, redonne du pouvoir d'agir en permettant par l'action réciproque de « rendre service ».Deux modèles distincts d'association, l'un basé sur la distance et l'assistance entre l'aidant et l'aidé, l'autre sollicitant la participation des usagers (Ferrand-Bechmann)3. Les groupes d'entraide ou également appelés auto-support (self-help dans les pays anglo-saxons) se rapprochent de ce dernier modèle. Ils réunissent des individus qui partagent un intérêt commun, contrairement aux associations d'acteurs aux positions sociales et compétences différentes, collectif composites de malades, non-malades, professionnels, non professionnels (Knobé, 2009)4. Lorsqu'il s'agit d'un « altruisme orienté vers un groupe de personnes partageant les mêmes caractéristiques et surtout les mêmes problèmes, on le qualifie d'entraide » (Ferrand-Bechmann, 2007)5, à l'opposé d'un acte engagé visant à modifier une situation et orienté pour et par un projet. Dans les groupes d'entraide, « donner et recevoir se confondent »6. 1 Ferrand-Bechmann, D., (1992) Bénévolat et solidarité, Syros-Alternatives, Paris. 2 Godbout, J. T., « Le don au-delà de la dette », Revue du MAUSS, 2006/1, n°27, pp. 91-104. http://accesdistant.bu.univ-paris8.fr:2073/search.php3 Ferrand-Bechmann, D. (2009) « Associations : passerelles entre cultures et entre générations », COJEP ADEPA,Juris Association.4 Knobé, S.; «Logiques d’engagement des malades dans les associations de lutte contre le cancer», Socio-logos,Numéro 4, [En ligne], mis en ligne le : 5 décembre 2009.URL : http://socio-logos.revues.org/document2346.html5 Ferrand-Bechmann, D.; « Vie associative et engagement. Education tout au long de la vie », Cours en ligne Plateformede l'IED, Université Paris 8, 2007.6 Godbout, J. T.; « La sphère du don entre étrangers : le bénévolat et l'entraide », Dumont, F., Langlois, S. et Martin,Y.; (dir.) Traité des problèmes sociaux, chapitre 48, pp. 981-994. Québec : l'Institut québécois de recherche sur laculture, 1994, 1164 pp. 2 L'association est un terme abstrait qui désigne un mouvement, un phénomène social, un processus dynamique (Ferrand-Bechmann, 2000 : 30). Les associations loi 1901 sont des organismes de droit privé. Il s'agit de regroupements d'individus sur des bases communautaires, identitaires ou territoriales et bien que la forme associative loi 1901 ne soit pas une obligation, la plupart de ces collectifs sont déclarés en préfecture lors de leur création. Dans une association, la participation peut se restreindre à la simple adhésion par le paiement d'une cotisation donnant alors accès aux services proposés et à la qualité de membre adhérent, ces effectifs d'adhérents justifiant par la suite une demande de subventions. Mais l'association n'est pas seulement définie par le regroupement de particuliers entre eux. En effet, le secteur associatif favorise une nouvelle forme de démocratie, fabrique du tissu social en unissant les individus sur un mode égalitaire et non contractuel.Il prend aussi en charge des problématiques émergentes insuffisamment considérées par les institutions publiques, telles que les nouvelles catégories de victimes. L'exemple de l'Association des Accidentés de France (AAF) est l'illustration de cette capacité d'expertise des associations.8 Jean-Marie Romeder (1989)9 fait le point sur les groupes d'entraide existants. Selon lui, ceux ci se sont développées prioritairement dans le domaine de la santé et du bien-être depuis 50 ans, et la naissance du mouvement prend sa source avec la création des Alcooliques Anonymes aux États-Unis en 1935. Ils furent motivés par un besoin d'aide et d'appartenance face aux difficultés de l'existence, ainsi que le besoin d'autonomie en prenant en charge avec l'appui des autres, ses propres difficultés. Au sein des groupes d'entraide, entre l'aidant et l'aidé, il n'y a pas de rupture et de distinction comme il pourrait y en avoir dans la sphère étatique et marchande. Le lien établi se fait entre individus partageant un problème identique.Jacques Godbout (1994) donne l'exemple des AA (Alcooliques Anonymes) : « un des principes au coeur des groupes d'entraide est en effet que l'acte thérapeutique, autrement ditque dans le geste même d'aider les autres on peut trouver une solution à leurs problèmes ».Celui qui aide est un ancien alcoolique, un ancien malade. Il met au service de l'autre l'expérience de son vécu dans une relation égalitaire et non hiérarchique et sans contrepartie puisqu'il a lui-même bénéficié auparavant d'un service identique. Le soutien mutuel dans ces groupes est légitimé par un problème similaire qui confère aux uns et aux autres une connaissance privilégiée de la situation.L'activité primordiale de ces groupes est l'entraide personnelle. Généralement ils se composent d'un nombre limité de personnes bien qu'ils restent pour la plupart ouverts à de nouveaux membres. Ils fonctionnent avec des réunions fermées et parfois ouvertes qui acceptent la venue de n'importe qui, a priori extérieur au groupe. http://classiques.uqac.ca/contemporains/godbout_jacques_t/sphere_du_don/godbout_sphere_du_don.pd7 Association des Accidentés de France : http://www.association-aide-victimes.fr/ 8 Lochard, Y. et Simonet-Cusset, M. (2003) [coord.] L'expert associatif, le savant et le politique, Paris, Éditions Syllepse.9 Romeder, J-M. (1989) Les groupes d'entraide et la santé.Nouvelles solidarités,Conseil canadien de développementsocial
Ottawa/Montréal.Anne Gometz – 200332 – M2IED – Connaissance générale du secteur – février 2010 11 Toufik, A., jauffret, M.;« Les groupes d'auto-support d'usagers de drogues » Dossier Thema, n° 4:1997.12 Cité par Villon, L., « La vie d'un GEM. Rencontre avec l'Espace convivial citoyen. Groupe d'entraide mutuel de Rouen », Vie sociale et traitements, 2009/3, N°103, p. 40-47. Site : cairn. fr 13 Brodiez, A. « Les relations entre CGT et Secours Populaire français au prisme de l'éclatement du conglomérat communiste »,in Syndicats et associations. Concurrence ou complémentarité ? France (2004). 4 bénéficiaires. Les groupes d'auto-support s'organiserait a contrario dans une logique d'autonomie et de proximité entre les membres eux-mêmes, proximité réalisée par le partage d'une même pathologie ou d'une même problématique. Si dans la logique philanthropique, des personnes s'engagent pour le bien public et pour autrui, dans la logique d'entraide, « il ne s’agit plus alors d’un malade objet comme dans la logique philanthropique
du début du 20ème siècle, mais d’un malade entraidant. » (Knobé, 2009). C'est notamment en réaction aux insuffisances étatiques et institutionnelles qu'ont émergé ces groupes afin d'apporter une réponse adéquate aux sujets en souffrance, en sollicitant ce qu'il est convenu d'appeler la compétence profane ou savoir empirique et l'éducation par les pairs (Jauffret, 2000)14. Dans ces groupes généralement, l'intervention des professionnels est bannie. L'existence de ces groupes atteste une remise en cause du savoir
académique. On ne parle bien que de ce que l'on connait, voilà ce que ces groupes tendent à démontrer, l'importance de l'expérience comme étant à la base de la connaissance.A contrario, les associations plus traditionnelles, par exemple les associations culturelles, ne concourent pas toujours au renforcement de la démocratie, s'éloignant en cela de l'esprit de la loi 1901. Dans les associations « classiques », différemment des groupes d'entraide, les intérêts entre le groupe et les membres sont parfois divergents,et
l'on se plaint du manque de participants, élément fréquent lorsque la pratique démocratique échoue. Le besoin d'accroissement des cotisations pour justifier de subventions étatiques implique un élargissement des effectifs qui expliquerait la faiblesse de la participation (Balme, 1987)15 et contribuerait alors à modifier les relations entre les membres, rapprochant le lien entre les dirigeants associatifs et les adhérents d'un rapport clientéliste. Les groupes d'entraide sont le lieu de la mobilisation des savoirs
d'expérience entre les « pairs » réunis autour d'un but commun à travers une relation équitable qui permet le développement de l'autonomie de l'individu. Selon Dan Ferrand-Bechmann16, « d'autres forces que le don mobilisent les « entraidants » »(p.71) et permet l'expression des groupes minoritaires que n'autorise pas toujours le bénévolat plus classique dans le champ associatif. Il n'est pas rare en effet que certaines antennes locales d'associations « classiques » disposent de pouvoirs très minces et pour les
bénévoles, des gains symboliques faibles autour d'une activité peu gratifiante.La dette positive serait au coeur des groupes d'entraide; transmettre à autrui ce qui a été reçu,tel est le credo des bénévoles. Ces dispositifs de soutien que représentent les groupes de pairs permettent de rompre l'isolement et créent du lien social. Le ciment du groupe est l'expérience 14 Jauffret, M. « L'auto-support des usagers de drogues en France. Groupes d'entraide et groupes d'intérêt », Documents du CESAMES, n° 6, juillet-septembre 2000.15 Balme, R., « La participation aux associations et le pouvoir municipal : Capacités et limites de la mobilisation parles associations culturelles dans les communes de banlieue », Revue française de sociologie, Vol. 28, n° 4 (Oct. -Dec., 1987), pp. 601-639. Site : http://www.jstor.org/stable/332155016 Op. Cit., Ferrand-Bechmann,1992 5 partagée autour d'un même problème. Dans les associations plus traditionnelles, engagement et relations sont parfois plus distanciées, et les dirigeants associatifs peinent à fidéliser leurs bénévoles. Toutefois, quel que soit leur modèle, les associations viennent pallier les carences des politiques en répondant à divers problèmes sociaux et humanitaires. Il est approprié alors dans tous les cas de parler du bénévole comme d'un « expert associatif ». !-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!-->!--> |
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